Voir enfin

Thèmes

Eau
Environnement - généralités

Participants

Tout public
Cycle 3 (CE2-CM1-CM2)

Nombre de participants

Activité individuelle

Encadrement

exemple : nombre d'accompagnateurs

Durée de l'activité

0H45

Lieu

Extérieur

Auteur : Réseau Ecole et Nature - Collectif

A la manière de Georges Pérec, regarder enfin autour de soi, dans la ville !

Typologie de l'activité

Approche pédagogique

Enquête

Objectifs

•  Attirer le regard de l’enfant sur le paysage urbain.•  L’inciter à s’exprimer.•  Echanger des observations.

Infos pratiques

Matériel

•    Texte de Georges  Perec pour chaque enfant (au verso)•    De quoi écrire.

Déroulement

• Choisir une place autour d’une fontaine, une rue passante au bord d’un canal, devant un lac... • Remettre le texte de Georges Pérec, que chacun lit individuellement. • Rassembler les participants, chacun annonçant la part de l’espace, le type d’éléments qu’il va observer (les écrits, les façades, les véhicules, les gens, les animaux...). • Chacun dispose d’une feuille de papier pour consigner ses observations (écrit, dessin, schéma...) pendant 15 minutes. • De retour en salle, présenter les résultats et échanger.

Compléments : • Passer à l’anticipation avec l’activité Et s’il y avait...

Partir à la redécouverte d’un environnement, d’un paysage familier, et finir par y voir autre chose... extrait de “Espèce d’espace” - G. Pérec

Travaux pratiques
Observer la rue, de temps en temps, peut-être avec un souci un peu systématique. S’appliquer. Prendre son temps.
Noter le lieu : la terrasse d’un café près du carrefour Bac-Saint-Germain - l’heure : sept heures du soir - la date  : 15 mai 1973 - le temps : beau fixe.
Noter ce que l’on voit. Ce qui se passe de notable. Sait-on voir ce qui est notable ? Y a-t-il quelque chose qui nous frappe ?Rien ne nous frappe. Nous ne savons pas voir.
Il faut y aller plus doucement, presque bêtement. Se forcer à écrire ce qui n’a pas d’intérêt, ce qui est le plus évident, le plus commun, le plus terne.
La rue : essayer de décrire la rue, de quoi c’est fait, à quoi ça sert. Les gens dans les rues. Les voitures. Quel genre de voitures? Les immeubles : noter qu’ils sont plutôt confortables, plutôt cossus; distinguer les immeubles d’habitation et les bâtiments officiels.
Les magasins. Que vend-on dans les magasins? Il n’y a pas de magasins d’alimentation. Ah! si, il y a une boulangerie. Se demander où les gens du quartier font leur marché.
Les cafés. Combien y a-t-il de cafés? Un, deux, trois, quatre. Pourquoi avoir choisi celui-là? Parce qu’on le connaît, parce qu’il est au soleil, parce que c’est un tabac. Les autres magasins : des antiquaires, habillement, hi-fi, etc. Ne pas dire, ne pas écrire “ etc ”. Se forcer à épuiser le sujet, même si ça a l’air grotesque, ou futile, ou stupide. On n’a encore rien regardé, on n’a fait que répéter ce que l’on avait depuis longtemps repéré.
S’obliger à voir plus platement.
Déceler un rythme : le passage des voitures arrivant par paquets parce que, plus haut ou plus bas dans la rue, elles ont été arrêtées par des feux rouges. Compter les voitures.
Regarder les plaques des voitures. Distinguer les voitures immatriculées à Paris et les autres.
Noter l’absence des taxis alors que, précisément, il semble qu’il y ait de nombreuses personnes qui en attendent.
Lire ce qui est écrit dans la rue : colonnes Morris, kiosques à journaux, affiches, panneaux de circulation, graffiti, prospectus jetés à terre, enseignes des magasins.
Les gens dans les rues : d’où qu’ils viennent? Où qu’ils vont? Qui qu’ils sont?
Gens pressés. Gens lents. Paquets. Gens prudents qui ont pris leur imperméable. Chiens : ce sont les seuls animaux visibles. On ne voit pas d’oiseaux - on sait pourtant qu’il y a des oiseaux - on ne les entend pas non plus. On pourrait apercevoir un chat en train de se glisser sous une voiture, mais cela ne se produit pas.
Il ne se passe rien, en somme.
Noter que les arbres sont loin (là-bas, sur le boulevard Saint-Germain et sur le Boulevard Raspail), qu’il n’y a pas de cinémas, ni de théâtres, qu’on ne voit aucun chantier visible, que la plupart des maisons semblent avoir obéi aux prescriptions de ravalement.
Un chien, d’une espèce rare (lévrier afghan? Sloughi?)
Une land-rover que l’on dirait équipée pour traverser le Sahara (malgré soi, on ne note que l’insolite, le particulier, le misérablement exceptionnel : c’est le contraire qu’il faudrait faire).
Continuer
Jusqu’à ce que le lieu devienne improbable jusqu’à ressentir, pendant un très bref instant, l’impression d’être dans une ville étrangère, ou, mieux encore, jusqu’à ne plus comprendre ce qui se passe ou se qui ne se passe pas, que le lieu tout entier devienne étranger, que l’on ne sache même plus que ça s’appelle une ville, une rue, des immeubles, des trottoirs...
Faire pleuvoir des pluies diluviennes, tout casser, faire pousser de l’herbe, remplacer les gens par des vaches, voir apparaître, au croisement de la rue du Bac et du Boulevard Saint-Germain, dépassant de cent mètres les toits des immeubles, King-Kong, ou la souris fortifiée de Tex Avery!
Ou bien encore : s’efforcer de se représenter, avec le plus de précision possible, sous le réseau des rues, l’enchevêtrement des égouts, le passage des lignes de métro, la prolifération invisible et souterraine des conduits (électricité, gaz, lignes téléphoniques, conduites d’eau, réseau des pneumatiques) sans laquelle nulle vie ne serait possible à la surface.
En dessous, juste en dessous, ressusciter  l’éocène : le calcaire à meulières, les marnes et les caillasses, le gypse, le calcaire lacustre de Saint-Ouen, les sables de Beauchamp, le calcaire grossier, les sables et les lignites du Soissonnais, l’argile plastique, la craie.”
 

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